Critique de Nina Zibung à propos du film Loin de moi la colère, de Joël Akafou

Le réalisateur ivoirien Joël Akafou décide de dépasser ses traumatismes et sa haine suite à la crise post-électorale de 2011, lorsqu’il rencontre la figure inspirante de Maman Jo.

En effet, la violente guerre civile a causé de nombreuses morts et ségrégés les différents peuples autochtones du village. La haine et les traumatismes perdurent chez les habitants. Joël Akafou rencontre donc Maman Jo par hasard. Et même s’il avait juré ne plus retourner en Côte d’Ivoire, il livre qu’il lui fallait raconter son histoire, pour se réconcilier avec lui-même et son passé, plus qu’avec son pays.

Maman Jo souhaite prendre en main le destin du village où victimes et bourreaux cohabitent. Sur les vestiges du domaine de son père tué, elle crée une agora, un espace de paroles pour les femmes de toutes les communautés. Le sujet du film est très intéressant et suite à une discussion avec le réalisateur, la visée du long métrage m’est parvenue. Malheureusement, selon moi, le film n’a pas rempli sa mission de véhiculer par le biais de l’audio et du visuel, le message du réalisateur. Le film s’ouvre sur un long monologue qui trouble le spectateur qui essaie de s’accrocher aux détails du récit pour comprendre le contexte sociétal et la problématique de la crise. Puis s’alternent des longues séquences de scènes de vie du village, et d’autres de dialogues et de discussions bien trop longues et hétéroclites. Nous perdons alors de vue la ligne directrice de l’intrigue qui paraît floue et dispersée.

En plus, les focalisations des discours et des points de vue sont trop multiples. Ce qui aurait pu être un point fort narratif nous embrouille et ne nous permet que peu de nous raccrocher à l’intrigue principale. L’avancée de la construction de la place publique est lente, et la construction narrative nous fait attendre un point culminant qui n’arrive jamais. Peut-être est-ce dû aux portraits de femmes de l’agora, protagonistes du projet, que nous n’apprenons pas à discerner au-delà des carapaces impersonnelles.

D’autre parts, les beaux plans de paysages ou de lieux sont rafraîchissants et saisissants, mais trop rapidement entrecoupés par des scènes trop bavardes où sont présentés dans le cadre filmique des ivoiriens assis à discuter. Il manquerait une montée finale qui donnerait la sensation d’une évolution entre le début et la fin du long-métrage. Bien que Maman Jo ait largement avancé dans son projet, il nous semble être resté aux premières minutes, puisque rien dans la forme ne tend vers une élévation.

Ce qui provoque un jugement si sévère, est le potentiel du sujet et la passion avec laquelle Joël Akafou en parle. Si lui a pu tisser un lien très fort avec les habitants du village et les femmes de l’agora, il ne nous a que peu permis d’en faire de même à travers son film, et c’est bien dommage.