Critique de Thao Nguyen Le à propos du film I, Poppy, de Vivek Chaudhary

I, Poppy est un documentaire qui parle de la corruption dans le commerce du pavot au Rajasthan, une région de l’Inde où la culture de l’opium est légale à des fins médicales. Le bureau des stupéfiants, corrompu, maintient le prix de l’opium incroyablement bas, forçant ainsi les agriculteurs à choisir entre vendre leur laborieuse récolte pour une somme dérisoire ou la vendre illégalement au marché noir en versant des pots-de-vin à la police des stupéfiants pour conserver leurs licences. Le film se concentre sur la relation entre deux membres de la famille Vardibai : Meghwal, une vieille cultivatrice de pavot qui a toujours suivi les règles sans les remettre en question, et son fils Mangilal, un enseignant et militant qui passe la majeure partie de son temps à revendiquer un changement politique en faveur des producteurs d’opium.

Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est que nous voyons les deux facettes de l’histoire. D’un côté, l’esprit infatigable du fils qui tente d’améliorer la situation de sa communauté : nous comprenons la passion qui le poussent à continuer, mais aussi sa frustration face au manque de résultats. Et, de l’autre côté, nous voyons la mère dans son quotidien où elle travaille sans relâche à cultiver les pavots et à s’occuper de sa famille. Nous comprenons également son point de vue sur l’histoire : sa famille perd de l’argent, ses cultures se flétrissent ; elle attribue cela à son fils qui, selon elle, néglige son travail, ne fait que parler sans arrêt sans jamais parvenir à changer les choses ni à écouter son opinion. Nous sentons, en plus, la notion du temps qui passe, avec les champs de pavot qui, en arrière-plan, passent lentement de la graine à la fleur.

D’autre part, je trouve aussi intéressant que les personnages parlent de manière si naturelle qu’on se demande donc s’il s’agit vraiment de personnes réelles qui agissent sans scénario ou pas.

Mais, en revanche, ce que je n’ai pas aimé, c’est que j’ai trouvé le film long. À cause du combat incessant du fils pour tenter de changer la loi sans succès il n’y a aucun changement d’autre que Mangilal qui entraîne activement sa famille dans sa chute. Sa personnalité charismatique ne leur offre que de vaines promesses et il ne prend pas au sérieux les supplications de sa mère qui lui demande d’arrêter.

La fin malheureuse du film m’a rappelé avec gravité qu’il s’agit d’un documentaire sur un événement réel. I, Poppy ce n’est donc pas simplement une histoire à laquelle on donne une fin heureuse ou des personnages bons. À la fin, nous apprenons que son combat n’a rien changé, donc plus personne ne lui fait confiance et ne l’écoute pas, et sa famille a perdu les licences de culture de pavot.

Finalement, malgré la longueur du film, je trouve que le réalisateur a fait un travail très réussi en parvenant non seulement à nous informer parfaitement sur la situation qui s’est produite en Inde et sur la vie de cette famille en tant que cultivateurs d’opium, mais aussi à nous montrer l’histoire, très bien construite, sur la mère et le fils.