Critique de Roxane Boussard à propos du film Songs of Forgotten Trees, de Anuparna Roy

Ce film d’Anuparna Roy suit la relation entre deux colocataires, Thooya et Swetha. Cette histoire se passe dans la ville de Mumbai, en Inde. On comprend très vite le contexte particulier de ce lieu, Thooya reçoit des hommes à la maison, tandis que Swetha attend dehors que ceux-ci s’en aillent.

La situation de Thooya, dans son ensemble, n’a pas l’air de trop la déranger, sauf lorsqu’il s’agit des visites du propriétaire. On ressent que c’est l’emprise qu’il a sur elle qui lui fait peur. Cette notion de pouvoir est illustrée par la présence très forte du rouge : symbole de sexualité, de force et de danger. Cette couleur est représentée par le sari qu’il lui demande de porter ou encore la rose rouge avec laquelle il lui caresse le visage.

De plus, la plupart du temps, les plans présentent les deux femmes enfermées entre les murs de l’appartement. Cela renforce l’idée qu’elles sont ici sous conditions. Cet enfermement est d’ailleurs brisé par la scène finale, qui montre leurs pieds dans l’eau, sous-entendant qu’elles sont finalement allées à la mer. En effet, cela ne se passe que lorsque Thooya décide d’affronter son propriétaire, laissant croire aux spectateurs que son emprisonnement était bien dû à cela.

Par ailleurs, la relation entre les deux colocataires est très particulière, elle se base sur des silences partagés et des gestes discrets. On en apprend donc peu sur leur lien et le spectateur en vient alors à se poser des questions sur la nature de celui-ci. On devine des sentiments plus ambigus, surtout du côté de Swetha. Thooya reste plus dure à décrypter, elle est bloquée dans le passé et dans la peur d’oublier. Certaines choses restent obscures. Est-ce un défaut du film ou plutôt une intention de la réalisatrice qui a cherché à créer une atmosphère mystérieuse, notamment pour créer un lien avec ces arbres de l’oubli, dont on sait d’ailleurs très peu ?