Critique de Vincent Grillet à propos du film Amoeba, de Siyou Tan

Amoeba raconte la vie d’un groupe d’amies dans un sévère établissement scolaire pour filles à Singapour. Le film installe dès le début un cadre clair et lisible. La présentation des personnages et du contexte scolaire est progressive et efficace, et la première moitié du film se déroule de manière fluide, avec une narration simple et facile à suivre. Le rythme est plutôt calme, parfois posé, laissant place à une observation attentive des relations, des espaces et du quotidien des adolescentes.

La mise en scène repose majoritairement sur des plans fixes, avec quelques moments de caméra portée, notamment à travers l’usage du caméscope. Ce contraste fonctionne bien : la caméra stable traduit une certaine rigidité et froideur de l’environnement scolaire, tandis que les images plus libres accompagnent les rares instants de lâcher-prise, comme les scènes à la piscine ou les moments de jeu entre les filles. Les cadrages et les compositions sont maîtrisés, variant intelligemment du plan large au gros plan, et la colorimétrie froide et peu saturée renforce le sentiment d’un univers contraignant et peu joyeux.

Là où le film convainc moins, c’est dans certains choix narratifs. Les éléments liés au fantôme, aux signes surnaturels ou à la statue introduisent un mystère intrigant, mais restent finalement sans véritable résolution. Ces motifs, pourtant présents sur une partie importante du film, sont abandonnés sans conclusion claire, laissant une impression d’inachevé et de déséquilibre dans le récit.

Au final, Amoeba est un film maîtrisé sur le plan formel, porté par une ambiance forte et une mise en scène cohérente, surtout dans sa première partie. Son propos sur l’adolescence et le contrôle social fonctionne, mais certaines pistes narratives, trop peu exploitées, affaiblissent l’impact global et laissent le spectateur légèrement sur sa faim.