Critique de Thao Nguyen Le, à propos du film Bulakna, de Leonore Noivo

Bulakna, dont le nom est celui d’un ancien guerrier philippin qui a résisté à l’invasion coloniale, est un film qui traite d’une nouvelle forme de colonialisme, ou plutôt des conséquences actuelles du colonialisme espagnol aux Philippines. Le film montre la vie des femmes philippines qui partent travailler à l’étranger comme domestiques afin de gagner de l’argent pour subvenir aux besoins de leur famille. Comme conséquence de cela ses femmes sont dépouillées de leur identité et formées pour devenir essentiellement des esclaves modernes et demeurer invisibles, comme des fantômes. Ainsi, elles perdent contact avec leur famille et font face à la véritable solitude.
L’aspect le plus marquant de ce film est la manière de raconter l’histoire de ses personnages. Ce film est un documentaire, mais il joue avec les codes de la fiction, car nous voyons ces histoires se dérouler comme une fiction. À travers leur monologue intérieur, sa réalisatrice nous montre le quotidien de ses personnages féminins et le contraste dramatique entre leurs vies. L’une est jeune et songe à l’exil, l’autre est une immigrante de longue date à Lisbonne qui envisage de rentrer chez elle aux Philippines.
La réalisatrice du film, Leonor Noivo, entremêle également l’histoire et la colonisation des Philippines qui se présentent en arrière-plan afin de nous montrer leurs répercussions durables jusqu’à aujourd’hui.
La composition de chaque scène est visuellement époustouflante, cadrée de manière à retenir notre attention, en plus de rendre le film esthétiquement agréable. Outre la composition, la colorimétrie est très bien utilisée pour montrer le contraste entre les Philippines, très colorées et pleines de vie, et le pays européen, qui avec des couleurs sobres et ternes, représente la sombre réalité.
En conclusion, Bulakna réussit très bien à montrer les réels problèmes humains qui se cachent derrière l’exil économique et, en même temps, à évoquer l’histoire du colonialisme de ce pays écrite par les Européens et à l’utiliser pour nous montrer la similitude entre l’esclavage passé et les exploitations économiques modernes.