Critique de Vincent Grillet à propos du film Singing Wings, de Hemen Khaledi

Singing Wings est un film ancré dans un village kurde isolé d’Iran, où le rythme de la vie est lié à la nature et aux saisons. À travers le quotidien de son personnage, Khadijeh, et la présence des cigognes, le film pose un regard doux et attentif sur un mode de vie paisible, marqué par le soin, l’attachement et l’attente.
Le film adopte un rythme très calme et contemplatif, en parfaite cohérence avec son sujet. Il prend le temps d’observer les gestes du quotidien et de laisser exister les paysages. La mise en scène repose majoritairement sur des plans fixes, renforçant cette sensation de tranquillité. Les paysages iraniens sont magnifiquement mis en valeur, notamment grâce à une colorimétrie chaude qui accentue l’immersion et la douceur générale du film.
De plus, les cadrages sont bien équilibrés, alternant entre des plans très larges sur les montagnes et de gros plans, plus intimes, utilisés pour renforcer l’émotion. Le scénario est particulièrement clair et fluide : le film se suit sans effort du début à la fin ce qui rend l’expérience agréable. Les parallèles entre la migration des cigognes et celle des humains sont lisibles et structurent efficacement le récit.
Par ailleurs, plusieurs moments marquants ponctuent le film, comme celui de l’acharnement de Khadijeh à soigner la cigogne blessée, l’opération, l’attente touchante de son compagnon resté sur place durant l’hiver, ou encore l’utilisation de l’oiseau comme moyen d’apaisement pour son mari et lors de la fête du village finale.
En revanche, le film manque parfois de tension. Certains plans semblent inutiles ou s’étirent trop longtemps ce qui finit par casser légèrement le rythme général du film. Le jeu d’acteur reste globalement convaincant, même si l’on ressent par moments quelques limites.
Au final, Singing Wings est un documentaire sensible et immersif, porté par la beauté de ses paysages et la personnalité attachante de Khadijeh. Sa simplicité et sa clarté font sa force, même si un montage plus resserré aurait permis de renforcer l’impact émotionnel de l’ensemble.