Critique de Nina Zibung à propos du film The Guest, de Zvika Gregory Portnoy et Zuzanna Solakiewicz

The Guest est un documentaire carnet de route des réalisateurs polonais Zvika Gregory Portnoy et Zuzanna Solakiewicz. Caméra à l’épaule, ils s’immiscent dans la maison de Maciek, juste au bord de la frontière.  Lui et sa famille viennent de recevoir un invité : un de ces nombreux migrants qui se retrouvent enfermés dans la forêt entre les frontières polonaises et biélorusses. Les deux pays jouent au ping-pong en se renvoyant chacun la responsabilité des migrants. Ils se retrouvent alors emprisonnés dans la forêt séparant les deux camps de gardes-frontière. Sans passeur, il leur est difficile d’avancer et de survivre.

Maciek et sa mère errent dans la forêt une fois la nuit tombée pour laisser des vivres, des services hygiéniques et couvrir les migrants endormis de couvertures de survie. Un soir, ils décident de ramener chez eux un réfugié syrien qui a perdu contact avec son groupe et n’a aucun moyen de communiquer avec eux. Ils le cachent alors que les soldats patrouillent dehors, dans l’attente qu’il puisse rejoindre un nouveau groupe.

Le cadre filmique crée une véritable tension entre le spectateur et l’action. Parfois, la situation filmée est trop critique ; le chef-opérateur prend un risque en capturant le moment. Alors il faut se cacher, ne pas dévoiler la caméra. Ainsi elle bouge, tremble, des visages ou des plaques d’immatriculation sont floutées. Les contrastes durs et sombres de l’image et la musique en tapis de fond agité nous provoquent un malaise constant. La menace plane dès le début, sans que nous comprenions cependant directement les détails des enjeux géographiques et politiques.

Pourtant, le thème d’union humanitaire est instantanément introduit dès les premières secondes du long-métrage, lorsque résonne L’Ode à la joie de Beethoven, symbole de fraternité et de paix universelle qui exprime l’idéal d’une humanité unie par la joie.

Malgré les risques, les craintes, la brutalité de la réalité qu’on préférerait ne pas savoir, Maciek et sa mère franchissent un pas considérable en osant transgresser les autorités et le message est clair : nous inviter à faire de même.