Critique de Thao Nguyen Le à propos du film Vainilla, de Mayra Hermosillo

Vainilla, réalisé par Mayra Hermosillo, est un film autobiographique situé à Torreón, au Mexique, à la fin des années 1980. Il suit un foyer de sept femmes, dont la jeune protagoniste Roberta, sa mère, sa tante, sa grand-mère, son arrière-grand-mère, sa cousine et une aide-ménagère, qui s’unissent pour lutter contre les dettes et sauver leur maison familiale de l’expulsion. L’histoire est racontée à travers le point de vue innocent et observateur de Roberta, âgée de huit ans, dont sa compréhension limitée filtre les difficultés financières et les relations complexes du monde adulte, offrant ainsi un portrait poignant et intime de la famille, de la honte, de l’amour et de la résilience dans un espace matriarcal.
Pour commencer, l’un des aspects les plus intéressants dans ce film ce sont la narration et le point de vue. Le choix d’ancrer le récit dans la perspective de Roberta, huit ans, est la décision artistique fondatrice du film. Il ne s’agit pas seulement d’une commodité narrative, mais d’un filtre spécifique qui transforme toute la texture de l’histoire. La compréhension qu’a Roberta de la crise adulte à haut risque qu’est la perte potentielle de leur maison est fragmentaire et intuitive. Ainsi, l’urgence dramatique traditionnelle de l’intrigue est diffusée. Au lieu d’un récit linéaire et axé sur la pression, le film adopte un rythme plus proche du souvenir d’enfance : épisodique, sensoriel et émotionnellement guidé. Les informations dramatiques clés sont souvent entendues dans des conversations hors champ ou déduites des regards inquiets des femmes qui l’entourent. Ce point de vue priorise la vérité émotionnelle de la situation, l’atmosphère de secret, la résilience partagée et l’amour sous-jacent, plutôt qu’un compte-rendu procédural de la bataille financière de la famille. Cela fait du film une étude poignante de la façon dont les enfants traitent les problèmes de taille adulte, où le sentiment d’instabilité est plus reconnaissable que les détails juridiques ou économiques qui le causent.
Pour continuer, l’esthétique du film est construite avec des couleurs chaudes et vibrantes et une composition texturée. C’est un contrepoint intéressant à l’histoire. Alors que le récit traite de la précarité économique et de la honte sociale, le monde visuel créé par la réalisatrice Mayra Hermosillo et la directrice de la photographie Jessica Villamil est fait de légèreté, de tons saturés et d’une chaleur vécue. La maison familiale, bien que menacée, est dépeinte comme un sanctuaire chaotique et vibrant. Ce choix esthétique délibéré n’édulcore pas la lutte, mais articule visuellement le thème central du film : la résilience profonde et la solidarité de l’unité matriarcale. La chaleur de la palette de couleurs devient une métaphore visuelle de la chaleur émotionnelle et de la protection que les femmes génèrent les unes pour les autres, offrant un portrait généreux et humaniste qui trouve la beauté et la force dans les limites de leur défi.
En conclusion, je trouve la relation de la famille très douce et touchante, car quoi qu’il arrive, la famille reste unie. Les couleurs et l’esthétique sont absolument magnifiques et fonctionnent parfaitement avec le cadre du film. Enfin, le fait que l’histoire soit racontée à travers les yeux de Roberta (huit ans) ajoute un certain charme à l’histoire grâce à l’innocence puérile d’un enfant d’un tel âge face à des situations si graves. De manière plus générale, l’histoire est particulièrement touchante et le récit est très bien réalisé et écrit, provoquant chez le spectateur de l’empathie et des émotions fortes.